Et sinon, Qwiki, ça donne quoi ?

Ça fait maintenant plusieurs mois que Qwiki est accessible en version Alpha fermée. De quoi se forger une petite idée sur le bon fonctionnement de ce qui s’apparente à une petite révolution à l’échelle des moteurs de recherches. De quoi également se poser quelques questions concernant sa véritable valeur.
Qwiki, lorsqu’on y a accès, on le montre. Impressionnant, ce wikipedia nouvelle génération fonctionne plutôt bien, suffisamment pour capter instantanément l’intérêt d’une audience aussi bien technophile qu’étrangère au web. Rentrez le nom d’une personne célèbre, d’une ville, d’un monument, d’un film : Qwiki vous propose instantanément une description audio, sur fond d’images et de vidéos plutôt agréables à l’œil. Si l’on est tenté de trouver rapidement les limites de l’outil, il étonne finalement en parvenant à produire des contenus pas toujours exhaustifs mais tout à fait corrects, alors même qu’il ne s’agit que d’une version Alpha. Kaamelott, Bender et le chat de Red Dwarf sont autant de preuves de goûts pour lesquelles Qwiki propose une réponse.
Soyons clair, si beaucoup présentent Qwiki comme une évolution du traditionnel moteur de recherche, il constitue bien plus en pendant visuellement intéressant à Wikipedia. Plutôt performant, l’outil a bien des limites facilement identifiables. N’espérez pas y retrouver les photos de vacances de votre patron. Qwiki a une valeur d’abord encyclopédique, l’outil étant à l’aise lorsqu’il s’agit d’expliciter des termes, des faits, des produits ou des situations connues et reconnues. Cette promesse, Qwiki la tient. La qualité de contenu et du contenant dépendent évidemment de votre recherche mais les résultats sont généralement pertinents : bandes annonces dans le cas d’un film, courbe chronologique pour une célébrité et bien entendu un ensemble de photos s’enchaînent remarquablement. La voix, forcement robotique reste sans doute l’un des points les plus perfectibles bien qu’on ose à peine imaginer le travail nécessaire pour donner l’illusion à l’internaute d’entendre une personne de chaire, de sang et de cordes vocales.
Bref, Qwiki est particulièrement fidèle à la présentation qu’en avaient faite ses créateurs et remplit plutôt bien les missions qu’il s’était fixé.
Et après ?
Si on a vu que Qwiki avait su répondre aux attentes, peut être ces quelques mois de tests sont aussi l’occasion de revenir sur les attentes en elles même et la réelle utilité d’un tel système. Pour revenir sur l’expérience qui a été la mienne avec cette encyclopédie d’un genre nouveau, j’avoue avoir passé une bonne trentaine de minute sur Qwiki dès réception de mon accès. Pour n’y remettre les pieds que très épisodiquement, plus précisément, pour démontrer à tous ceux qui n’y avaient pas accès, à quel point internet pouvait être « magique ». Qu’en reste-t-il donc une fois cet effet « wow » passé ? Pas grand chose pour le moment, si ce n’est une nouvelle promesse pour l’avenir. Qwiki a en effet sans doute pour principal défaut d’être en avance sur les usages des internautes et les devices qui nous permettent d’accéder au web. On sait à quel point le média est réfractaire au son. Balancez une musique automatique dès la home d’un site est sûrement l’un des meilleurs moyens avec l’erreur 404 pour voir son taux de rebond augmenter drastiquement. Certains diront qu’à l’inverse de cet exemple, l’internaute qui va sur Qwiki est parfaitement consentant et donc par défaut, beaucoup plus tolérant. Pour autant, le rapport qu’il a avec le son reste problématique : on ne l’active souvent pas ( comment, vous surfez sur le net depuis votre lieu de travail ? ), et lorsqu’il l’est, c’est bien souvent pour justement pouvoir en profiter : musiques, vidéos, podcasts… Qwiki vient donc bouleverser certaines traditions et vient imposer le son de manières courte, épisodiques et peut être trop envahissante à l’heure actuelle.
Une contrainte qui prend du volume lorsqu’on oppose Qwiki à ses concurrents directs, Wikipedia notamment. Fort d’un référencement admirable, l’encyclopédie en ligne est bien généralement accessible en quelques secondes, puisque trustant les premières positions de Google. Son ancienneté lui permet de parfaitement s’intégrer aux traditions des internautes et à l’usage multitâche d’un ordinateur. Qu’il s’agisse d’effectuer une rechercher tout en écoutant le dernier tube de Justin Bieber ou bien de consulter la filmographie de Robbert Patinson tout en regardant son film sur grand écran : Wikipédia le permet, Qwiki non puisque son mode de consommation s’oppose à ce type de pratique. Libre à vous au passage d’effectuer des recherches plus intéressantes. Concrètement, si Qwiki vient sur le papier faciliter la vie de l’internaute, il traîne également avec lui de nombreuses contraintes : l’internaute est sur-connecté, multiplie les centres d’attentions et Qwiki vient modifier la donne en la réclamant totalement.
Reste alors le contenu, qu’il s’il est juste et plutôt pertinent ne parvient pas à contrebalancer cet état de fait. Naturellement moins exhaustif que ne peut l’être Wikipedia, plus lent également car régit par un discours lu, il donne donc moins d’infos à l’internaute pour qui il sera bien plus simple d’ouvrir un onglet, cliquer, scroller, lire et trouver en quelques instants ce qu’il recherchait.
Et demain ?
J’évoquais plus haut l’avance qu’a Qwiki sur nos habitudes d’internautes. En effet, si Qwiki a du mal à dépasser le simple statut de réussite technologique aujourd’hui, il pourrait trouver une place de choix dans les années à venir. Smartphones, consoles de jeux et même frigidaires (j’adore ce marronnier), internet s’intègre de plus en plus à notre quotidien. On évoquait l’aspect sur-connecté de l’internaute : cette tendance n’en est qu’à ses balbutiement. Pourquoi dès lors, Qwiki aurait plus sa place demain qu’aujourd’hui ? Peut être parce que, à mesure qu’internet multiplie les devices par lesquels il transite, il est probable que les constructeurs essaient au maximum de faire converger les expériences en uniformisant l’accès à l’ensemble des contenus. Pour être plus claire, il s’agit non pas de couper sa musique pour pouvoir lire une vidéo, mais qu’au lancement d’une vidéo, nos appareils soient suffisamment « conscient » et en accords avec les attentes des utilisateurs pour pouvoir couper la musique automatiquement.
Dans un environnement où les technologies communiquent et simplifient l’accès à l’information, alors Qwiki peut devenir une solution particulièrement pertinente. Nouvelle mise en situation : lire les infos sur sa tablette avec la télévision qui tourne en fond, puis simplement demander à haute voix à Qwiki une information. Le son du téléviseur se coupe, la présentation vidéo s’affiche dans une simple fenêtre de votre tablette tandis que la description résonne dans les haut-parleurs de votre salon. D’une simple pressions sur la tablette, la présentation passe directement sur votre télévision et remplace votre programme en cours tandis que, d’un simple mot, tout redevient comme avant.
Reste donc à savoir si Qwiki bouleverse les habitudes ou les anticipe plus simplement. Si à l’heure actuelle, l’outil impressionne, il donne finalement autant de jolies réponses qu’il pose de questions concernant son véritable intérêt. L’inertie des internautes, leurs usages, l’environnement dans lequel Qwiki s’intègre et surtout ses concurrents semblent finalement être des obsatcles encore trop importants pour que l’effet de surprise se transforme en une utilisation régulière. Il en sera peut être autrement demain, lorsque les technologies trouveront un moyen intelligent de communiquer entres elles. Mais Qwiki ne sera alors qu’un des exemples des très belles avancées que cette perspective nous promet.
Article écrit le à 20 01 2011 at 13 h 54 min et classé dans Buzz, Stratégies, Technologies, Web. Suivez les commentaires de cet article RSS 2.0 feed. Vous pouvez écrire un commentaire, ou envoyer un rétrolien.





Steph 20, janvier, 2011 at 22 h 49 min
Content de voir que tu ne perds pas ton goût pour l’écriture
A propos de Qwiki, je teste ça depuis qu’il est ouvert à tous. C’est vrai que c’est très impressionnant la première fois. Et puis, on y revient assez peu…