Freebox Révolution, la console de demain ?

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Mardi 14 Décembre se déroulait en grande pompe la présentation de la toute nouvelle Box signée Free, le fournisseur d’accès de ceux qui « ont tout compris ». Blu-Ray,disque dur de 250 Go, appels illimités vers les mobiles : au-delà d’enterrer en une petite heure SFR et Orange dont les offres semblent avoir quelques années de retard, certains auront remarqué avec attention l’incursion discrète mais réelle du FAI sur le marché des consoles de jeux. Si l’on a bien du mal à imaginer Free rivaliser avec des acteurs maintenant bien ancrés comme Sony ou Nintendo, ce premier pas fait vers le média pourrait laisser présager une future tendance majeure.

Dans un podcast signé Gameblog, Cafeine, plutôt perspicace lorsqu’il s’agit de parler technologie lançait au milieu d’un débat sur la dématérialisation : « les consoles de demain, c’est vos Freebox ». Alors qu’on commence à peine à voir émerger le cloud gaming et que les Microsoft, Sony et Nintendo semblent difficilement détrônables, ces quelques mots peuvent aujourd’hui constituer à eux seuls, les bases d’un débat au combien passionnant, entre prédictions hasardeuses et réelles tendances du marché. Une chose est cela-dit sûre, la convergence est une des lignes directrices majeures s’il s’agit d’esquisser l’avenir. La console, et plus généralement le jeu vidéo sont déjà devenus des activités de loisir parfaitement intégrées aux quotidiens des utilisateurs. S’il est encore loin d’égaler les audiences de la télévision notamment, le jeu vidéo accapare chaque année un peu plus de temps de loisir disponible. La France compte en effet plus de 25 millions de joueurs qui lui ont offert une place de choix dans leur salon. Les garçons de 13 à 19 ans y consacrent en moyenne 9h par semaine : c’est à peine une heure de moins que la télévision. Quant aux « chefs de familles » (35-49 ans), ils sont 57% à déclarer s’y intéresser. Enfin, chiffre plutôt étonnant, les hommes et femmes ayant passé la cinquantaine passent plus de temps à jouer aux jeux vidéo qu’à lire des magazines. Mamie plus intéressée par Mario que par Gala ? Réjouissons-en nous !

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Tous ces chiffres tendent donc à montrer que le jeu vidéo s’est déjà installé dans bon nombre de foyers. La tendance risque de se renforcer, les jeunes générations, les parents de demain, ayant pleinement intégré le média à leur quotidien. Intéressant au passage de constater que si le jeu vidéo a encore du mal à être complétement accepté par certaines couches intellectuelles de la société, il profite pourtant d’un accueil du public qui le consacre comme une alternative de choix à la télévision ou internet. Et alors ? Alors, l’heure est à la convergence. Plus on multiplie les loisirs, plus il devient pertinent de les concentrer et de les proposer sur un seul et unique terminal. Ces chiffres révèlent ainsi clairement que l’avenir est pluri-médiatique, mot qui n’existe pas selon mon correcteur orthographique mais qui semble on ne peut plus adapté. Alors que la télévision a depuis longtemps tenté de conserver sa suprématie, cette lutte semble bien vaine à l’heure ou internet et les jeux vidéo jouissent d’une popularité qui ne souffre d’aucune contestation. La guerre se déplace donc progressivement, et il devient beaucoup plus pertinent de s’appuyer sur ces concurrents plutôt que de tout faire pour les étouffer. Reste à savoir qui y parviendra.

play-tvDu côté du jeu vidéo, Sony et Microsoft ont déjà clairement montré leurs ambitions : la console constitue à n’en pas douter, l’un des cheval de Troie les plus efficaces possibles. Mondialement implantées, parfaitement intégrées au salon du consommateur, dorénavant connectées, technologiquement capables de beaucoup, elles se positionnent de plus en plus comme des plateformes multimédia, à défaut de n’être que de simples consoles de jeu. PlayTV permet ainsi de faire de la PS3, l’unique interface de loisir nécessaire au bonheur de ses utilisateurs. Jeux, tuner TNT, bien entendu lecteur Blu Ray, mais aussi navigateur web et VOD : la plateforme est définitivement au cœur du salon et se positionne comme l’intermédiaire de l’ensemble des contenus auxquels les utilisateurs peuvent souhaiter accéder. De son côté, Microsoft propose depuis quelques semaines de souscrire à Canal + et peut ainsi garder captif le téléspectateur-joueur. C’est bien là que se situe tout l’enjeu de cette convergence. En proposant ces services, les fabriquant s’assurent alors de rester constamment au plus proche de leurs utilisateurs. Même lorsque ces derniers regardent une émissions, naviguent sur le web, ils sont à un bouton d’une vidéo à la demande, à un autre bouton d’un jeu. Faciliter la transition d’un média à l’autre, c’est s’assurer leur mutuelle pérennité mais aussi soutient. C’est aussi bien entendu, encrer une interface, une marque, un message chez l’utilisateur qui associe l’ensemble des média à son diffuseur.

Canal-xbox-liveProblème, les deux supports ont encore du mal à imposer leurs solutions. Trop couteuse d’un côté (Play TV), pas assez complète de l’autre (Microsoft) : il semble que les deux acteurs tentent avant tout de tester le marcher plutôt que de tout essayer pour le conquérir. Logique, sachant que le jeu vidéo, malgré sa démocratisation, reste beaucoup moins accessible et rependu que ne l’est la télévision par exemple. Imaginer bouleverser les habitudes des consommateurs à l’aide de quelques millions de consoles quand on sait qu’il y a tous justes 10 ans, on associait encore le jeu vidéo à un loisir pour ado socialement et intellectuellement limité est un paris qu’il semble difficile de remporter pour l’instant. La démocratisation du média est réelle, mais les contraintes restent trop nombreuses pour pouvoir véritablement se positionner à grande échelle comme LA machine du salon. Prix prohibitif et renouvellement générationnel semblent notamment être de véritables barrières à l’obtention de ce statut convoité mais qui pourraient parfaitement disparaitre à long, voire moyen terme. Si l’on parle donc plus de tendance en devenir plutôt que de réel bouleversement, l’idée reste malgré tout bien ancrée dans la tête des constructeurs. Non pas qu’ils soient les seuls à y avoir penser, mais là où diffuser de la vidéo, proposer du son ou fournir un navigateur web reste accessible pour ces acteurs, le jeu vidéo requière une telle technologie et des investissements tellement conséquents qu’on imagine mal la convergence venir d’un acteur complétement étranger à l’industrie vidéoludique. Certains tentent pourtant l’expérience : l’Apple TV et la plus récente Google TV en attestent. Mais si les deux solutions ont de sérieux atouts, aucune n’a pris le risque d’intégrer le jeu vidéo à leur offre. On peut pourtant se demander s’il n’y aurait pas une certaine légitimité à venir concurrencer Sony, Microsoft et Nintendo.

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En effet, si l’on imagine plus les consoles d’aujourd’hui devenir les centres de convergences ludiques de demain, Free vient quelque peu remettre en question ce statut. Tandis que les constructeurs prennent pour point de départ un média encore jeune pour progressivement l’ouvrir à d’autres types de loisirs, Free fait aujourd’hui le pari de prendre le chemin par l’autre bout.  Ayant déjà su s’imposer sur les médias aujourd’hui les plus puissant populairement parlant, la télévision, le cinéma, internet, la Freebox, mais aussi ces frères et sœurs ont rapidement su s’imposer. Des résultats que l’on doit à la qualité du contenu, mais surtout, à un business model radicalement différent permettant de proposer aux abonnés une plateforme indirectement gratuite. Free compte aujourd’hui plus de 4,5 millions d’abonnés en France, soit  autant de Freebox dispersées sur le territoire. C’est à peu de choses près, autant que de PS3 et de Xbox 360 cumulées. Plus parlant encore, si l’on prend en compte des offres similaires, la Neufbox d’SFR par exemple, mais aussi la Livebox d’Orange, ce ne sont pas moins de 18 millions de terminaux de type « Box » qui sont utilisés afin d’accéder à des contenus audiovisuels. Des chiffres qui font certainement rêver les actuels constructeurs de consoles, et qui expliquent les nouveaux défis que Free semble vouloir se lancer. Avec une telle base installée, et une position stratégique déjà acquise au sein du salon, il semble finalement pertinent pour le FAI de tenter l’aventure Jeux vidéo, pour pourquoi pas venir couper l’herbe sous le pied de Sony ou Microsoft.

manette-freebox-revolutionLecteur Blu-Ray, disque dur, HD, la nouvelle Freebox n’a pas grand-chose à envier à une console dite « classique ». Plus encore, ce type de solution s’intègre peut-être même mieux à la convergence vers laquelle on tend : cette dernière sera évidemment dématérialisée. VOD mais aussi Games on Demand et pourquoi pas demain, Cloud Gaming définissent clairement les grandes lignes des futures synergies de diffusion. Avec bien entendu des interconnexions entre chaque média. Dès lors, en se positionnant sur le marché vidéoludique, Free peut, sur le papier, devenir le seul capable de fournir tous les contenus transitant par internet, mais aussi, l’accès direct à internet. Les divertissements numériques, dans leur quasi-totalité se retrouvent alors proposés et diffusés par un seul et unique intermédiaire. L’offre est séduisante et a des arguments pour venir déranger ces géants que sont Microsoft et Sony, à la fois dans leur volonté d’intégrer définitivement le salon, mais même au cœur de leur activité à savoir, le jeu vidéo. C’est Satoru Iwata, actuel CEO de Nintendo, qui déclarait il y a peu qu’une console n’était « qu’une boite acheté à contre cœur pour pouvoir jouer à nos jeux ». A l’aube de l’avénement d’un jeu totalement dématérialisé, personne n’est à l’abrit d’un changement radical dans le secteur. En étant, dès aujourd’hui capable d’absorber entièrement le prix d’une « box/console » grâce à un abbonnement que tout le monde est prêt à payer, Free arrive avec une longueur d’avance sur ses concurrents. Ainsi, en offrant une manette, en proposant une plateforme technologiquement plus capable qu’une wii et en étant dans d’excellente prédisposition pour migrer vers le Cloud Gaming, l’entrée de Free dans l’univers du Gaming est discrète mais réelle. Réelle, mais nécessaire discrète aussi.

freestore-freebox-revolutionDiscrète, car l’histoire du jeu vidéo connait sans doute beaucoup plus d’échecs cuisants que de success story. S’il brasse quantité d’argent, le média reste fragile et beaucoup y ont laissé des plumes. Des plus bien chères en plus.  Mais par-dessus tout, le frein le plus évident pour Free réside dans son encrage profondément national. Alors que le jeu vidéo est depuis longtemps une industrie mondialisée, Free est aujourd’hui incapable de proposer son offre au-delà des frontières franco-française. Ainsi, si à l’échelle du pays, le parc installé de freebox est considérable, il devient négligeable si on le met en concurrence directe avec le nombre de PS3, Wii ou Xbox 360 vendues à travers le monde. Une situation pas complétement inextricables, mais qui limite forcement l’hypothétique volonté de Free de devenir un acteur durable du secteur. Difficile d’ailleurs de comprendre précisément où l’opérateur souhaite aujourd’hui aller. La volonté est nette, la manette accompagnant la Box est un signal fort, mais aucune véritable ligne de conduite n’a été communiquée, pour peu qu’elle ait clairement été définie au sein même du FAI. Pleine de potentielle, l’offre semble pour l’instant quelque peu branlante et manque justement d’une stratégie identifiée et d’objectifs concrets. C’est d’ailleurs du côté du contenu que le flou a le plus de mal à se dissiper : avec sous la main, une plateforme capable de gérer des jeux HD, seul Gameloft semble aujourd’hui prêt à investir le marché. Investir étant ici un bien grand mot, l’éditeur offrant à la Freebox quelques adaptations de ces jeux les plus populaires. Si la proposition est terriblement séduisante, tout ceci semble donc manquer de fond pour imaginer utiliser cette manette plus de deux fois. Du fond, stratégiquement et en terme de contenu, l’un n’allant évidemment pas sans l’autre. Car contrairement à la télévision, qui n’est qu’un flux de données pouvant être transporté et diffusé simplement, le jeux vidéo est, tant que le Cloud Gaming ne se sera pas développé, un média exigeant en terme de technologie, qui nécessite une compatibilité hardware pour pouvoir y accéder. Ainsi, mettre un jeu à disposition sur la Freebox n’est pas indolore et requière de véritables investissements. Free n’étant clairement pas encore prêt à lui-même engager des sommes conséquentes, on imagine mal qui pourrait tenter l’aventure.

Plus qu’une guerre ouverte, on assiste donc plus à une mission de reconnaissance. L’enjeu est notable, Free l’a sans doute compris : si les consoles de demain sont les freebox d’aujourd’hui, peut être que les Freebox de demain sont en fait les consoles d’aujourd’hui. Pour éviter les formulations un peu caduques, si Sony, Microsoft et Nintendo parviennent à imposer leurs machines en tant que media center, c’est tout le marché des box qui n’a plus de raison d’être, Free, SFR et Orange se retrouvant alors relégués au statut de simple fournisseur d’accès internet. Maintenant que l’on aperçoit les prémices d’une évolution majeure du jeu vidéo, sans doute est-il temps de prendre connaissance du terrain pour pouvoir conserver ces positions stratégiques sur le long terme. Même cloisonné à un marché franco-français, l’éventuelle avènement du Cloud Gaming pourrait permettre à Free de faire jeux égal avec les actuels acteurs du marché. Si la console comme on la connait n’existe plus, si elle ne sert qu’à transporter un flux vidéo généré sur des serveurs distants, alors l’avance technologique accumulée par les actuels constructeurs se réduit drastiquement. Reste alors l’avence marketing considérable qu’ont ces géants sur n’importe quel autre acteur. A la fois en termes d’image et de contenu, ils ont l’avantage considérable de disposer de la confiance des consommateurs et des éditeurs, ce combo gagnant qui permet à une console de se vendre, d’être alimentée en jeux, donc de se vendre mieux, donc d’acqueillir plus de jeux… La source du cercle vertueux permettant à une console de connaître le succès. Déclancher l’un des deux leviers permettant d’entraîner l’autre nécessite forcement des investissement. Peut être ces derniers dépendent-ils justement de ce test grandeur nature qu’est la Freebox Révolution.

Article écrit le à 20 12 2010 at 18 h 00 min et classé dans Buzz, Gaming, Marketing, Stratégies, Web. Suivez les commentaires de cet article RSS 2.0 feed. Vous pouvez écrire un commentaire, ou envoyer un rétrolien.

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